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Défense des Droits de l'Homme au Pays Basque

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Décembre 2014/07 - Pays basque - 30 ans du CDDHPB

                                Intervention de Jean-Pierre Massias*

 

"Triste anniversaire que celui des 30 ans du CDDHPB car la nécessité du Comité est hélas toujours d'actualité", a déclaré Jean-Pierre Massias en préambule de son intervention pour commémorer cet anniversaire le 27 septembre dernier.

Selon son analyse, le conflit basque qui ne passe pas se caractérise par deux questions "lancinantes": pourquoi la violation des droits de l'homme y est-elle aussi importante? Pourquoi ces violations continuent-elles alors que le conflit est terminé?

 

On peut répondre à la première question en rappelant qu'aucun système dit démocratique n'autorise la torture. Or un pays sur deux y déroge et bénéficie de l'impunité. Pour le cas de l'Espagne, Massias énonce une remarque sociologique importante: l'impunité juridique est fabriquée par l'impunité sociale.Plus précisément un instrument juridique comme l'amnistie du franquisme en Espagne est un "deal" qui, en favorisant la paix sociale, maintient le système tortionnaire en place. Un autre instrument juridique qui joue à fond sur les mentalités, est de refuser de diligenter les enquêtes et commissions sur la torture demandées par les victimes alors que l'Espagne a été souvent condamnée à ce sujet par la Cour européenne. Ces deux instruments juridiques s'inscrivent dans un contexte de démocratie et de présentation de l'autre comme un monstre ; ils  font illusion et favorisent l'assoupissement de la conscience.

Quant à la deuxième question, on n'explique pas pourquoi, malgré la mise en place du processus d'Aiete qui a impliqué la cessation de la lutte et la démilitarisation de ETA, les gouvernements espagnol et français ne font pas ce qu'ils ont à faire au regard du respect des droits de l'homme et des prisonniers. La raison de ces graves manquements révèle la violence étatique exercée vis-à-vis des prisonniers et des exilés, le refus de la réconciliation, le refus des droits à la justice et à la réparation qui accompagnent d'habitude le réglement de tout conflit. JP Massias fait l'hypothèse que si le conflit basque était résolu, l'Espagne se retrouverait face à son passé de guerre civile qui ne passe pas et qui pour l'instant est refoulé à la fois par l'argument démocratique et par le conflit basque ainsi entretenu.

 

Comment résister? En dénonçant les pratiques, les mentalités qui sommeillent, en se référant au protocole d'Istanbul qui étudie les cas de torture, en allant sans relâche sur le terrain européen comme le juriste Didier Rouget, en faisant patiemment oeuvre d'histoire.

 

Anne-Marie Michaud

 

*Jean-Pierre Massias est professeur de droit public à l'Université de Pau-Bayonne, et spécialiste des processus de pacification et de transition démocratique. Auteur, entre autres, de l'ouvrage Faire la paix auPays Basque, préface de Michel Rocard (éditions Elkar - 2011)

 

****

 

                              La célébration des trente ans du CDDHPB

 

Malgré la désillusion de l'annulation à la dernière minute de la venue de Michel Tubiana, la fête a été réussie. Animations, expositions, témoignages, remarquable conférence de substitution, buffet choisi pour couronner le tout, voilà de quoi satisfaire les organisateurs et les participants, venus nombreux à la Maison de la Vie Citoyenne Polo Beyris de Bayonne ce 27 septembre 2014.

 

L'exposition des photos d'époque (instantanés de la vie militante, et « guerre sale » au Pays basque),

dans le hall d'entrée, a été éloquemment commentée par l'auteur, Daniel Velez, témoin précieux de la période du GAL. Dans la grande salle était installée une deuxième exposition réalisée par le Collectif Oroit eta Sala  (« rappeler et dénoncer ») qui a toujours travaillé pour que toute la lumière soit faite sur les implications de l'Etat français dans cette guerre sale.

La chorale Lau haizetara, dirigée par Miguel Torre, a présenté sa première intervention : un Agur jaunak et' andreak, version féministe due à notre adhérente Maixan Arbelbide ! Plus tard d'autres chants en basque montreront l'originalité du répertoire de ce groupe venu bénévolement...

 

La Présidente Annie Arroyo ouvre la séance et donne la parole aux invités. Le message du maire de Biarritz, Michel Veunac, est quelque peu brouillé par sa représentante Brigitte Pradier. Par contre le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, se montre très explicite dans son soutien aux prisonniers et exilés basques, dans sa détermination personnelle concernant la résolution du conflit, et ferme dans sa conviction au « droit à l'espoir ». Koko Abeberry rappelle que le CDDHPB est « né avec les premières extraditions », et invite à nous souvenir de Camille Frossard, cheville ouvrière du Comité. Le Président local de la LDH, Christophe Desprez, excuse le conférencier annoncé, Michel Tubiana, retenu à Paris, et souligne que LDH et CDDHPB travaillent souvent, ici, de concert, en particulier dans le cadre de Bake Bidea et du processus de paix.

 

Appelé à remplacer Michel Tubiana au pied levé, le Professeur Jean-Pierre Massias va alors s'acquitter de sa tâche de façon éblouissante ! Le fil conducteur de ses propos « improvisés » est le suivant : « Pourquoi en Pays Basque les violations des droits ont-elles été si intenses ? »

Au-delà de la répression, au-delà des crimes du GAL téléguidés depuis Madrid, c'est la généralisation de la torture qui caractérise le mieux la méthode répressive de l'Etat. Une torture pourtant officiellement prohibée, mais qui demeure systématiquement (ou presque) impunie. Une torture qui n'a jamais été véritablement dénoncée ni médiatisée.

On en trouve l'origine dans l'amnistie post-franquiste. « On tire un trait » … mais on persiste. Les habitudes prises sous Franco perdurent. L'Etat refuse ensuite de diligenter les enquêtes. C'est de la Cour Européenne (CEDH), sous l'impulsion notamment du juriste Didier Rouget, que viendront les condamnations. Mais le contentieux est toujours là, et la Cour continue à être saisie de plaintes, celles des migrants maltraités dans les centres de rétention !

Mais comment une démocratie peut-elle perpétuer de telles exactions ? Réponse : le racisme, souvent issu de l'ancien colonialisme, l'épouvantail du « terrorisme », justifient le recours aux moyens les plus extrêmes.

Alors, que faire ? Dénoncer, toujours dénoncer. Recueillir la parole. Recourir encore et toujours aux tribunaux. Déconstruire le passé.  Faire avancer les procédures.

Force est pourtant de constater l'actuelle stagnation du processus de paix initié à Aiete. Où en est la réconciliation ? l'intégration ? Il y a un blocage. Le mode d'emploi est pourtant là : la vérité, le droit à réparation, la justice, et la garantie que les faits ne se reproduiront pas.

 

Après avoir applaudi le conférencier, l'assemblée s'est dirigée vers un somptueux buffet qui a permis de prolonger dans l'amitié et la bonne humeur cette belle célébration.

 

Koko Abeberry

 

 

 

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