Défense des Droits de l'Homme au Pays Basque
Toujours pas jugés 10 ans après leur mise en examen!
La procédure correctionnelle, suite aux arrestations à Salies de Béarn le 3 octobre 2004 de deux dirigeants de ETA, vient de passer le cap des 10 ans! Après la condamnation aux Assises en 2010 des deux militants de ETA, il reste à juger, en correctionnelle cette fois, cinq citoyens considérés par la justice comme complices. Cinq citoyens qui n'ont plus de nouvelles de leur dossier. Interpellés et mis en examen en 2004, ils avaient été incarcérés (16 mois pour le chanteur basque Peio Serbielle, un an pour Jean-François Lefort, 6 mois pour 3 membres d'une famille d'agriculteurs). Remis en liberté conditionnelle, ils avaient dû subir un contrôle judiciaire très contraignant durant des années (jusqu'en décembre 2011 pour Peio Serbielle, et jusqu'en janvier 2014 pour JF Lefort!). Mais ils sont toujours sous le coup de la mise en examen. Et la juge Levert ne répond plus!...
Témoignage de Jean-François Lefort
"Mon arrestation, et celle de ma compagne libérée par la suite, s'est déroulée le 4 décembre 2004 à Bayonne. Suite à cela j'ai été incarcéré durant une année. J'ai été accusé d'avoir servi de relais entre Mikel Albizu et Marixol Iparragirre et ceux qui les ont hébergés.
Ces faits reprochés sont faux, je les ai toujours niés. Le seul élément à mon encontre dans ce dossier est la déclaration d'un des prévenus qui lors de sa garde à vue parlera de mon implication dans cette affaire. Cette personne reconnaîtra plus tard, lors d'une confrontation dans les bureaux du juge instructeur, que c'est sous la contrainte des policiers qu'il m'a nommé. Comme pour d'autres militants dans ce dossier les conditions de garde à vue de cette personne ont été particulièrement difficiles.
Dans mon cas nous sommes face à un montage policier. Dans le dossier des éléments objectifs rendent impossible mon intervention dans cette affaire. Si un jour ce procès a lieu, la lumière sur ce montage policier sera faite. Pour comprendre les raisons de ce montage, il est important de faire un retour en arrière sur le contexte politique répressif de l'époque.
C'était l'époque des illégalisations par l'Espagne de partis politiques ou d'organisations basques, en particulier celle d'Askatasuna (mouvement de soutien aux prisonniers politiques basques). D'ailleurs au moment de mon arrestation j'avais contre moi un mandat d'arrêt international délivré par un juge espagnol pour mes activités au sein d'Askatasuna. Au moment de mon arrestation tous les autres responsables nationaux d'Askatasuna sont alors déjà incarcérés (Juan Mari Olano, Josu Baumont,... ils feront tous 8 à 10 ans de prison ferme, Julen Zelarain est lui toujours incarcéré dans le dossier Askatasuna), je suis le seul à ne pas l'être.
Durant cette période, la France, et plus particulièrement le pôle antiterrorriste, glisse petit à petit vers la criminalisation des mouvements publics de la Gauche Abertzale, les différents mouvements de jeunes indépendentistes l'auront subi, Askatsuna également et plus tard Batasuna. Il y aura eu durant cette période le volonté de Paris de s'inscrire dans cette dynamique de criminalisation / illégalitation des mouvements publics.
Je suis arrêté dans ce contexte, la grande partie des interrogatoires et perquisitions n'ont rien à voir avec les faits qui me sont reprochés officiellement. Les 3 locaux d'Askatasuna sont perquisitionnés, les archives saisies (jamais restituées), etc..., et au lendemain de mon icarcération près d'une vingtaine de militants d'Askatsuna seront convoqués pour interrogatoire sur leurs activités au sein de ce mouvement, une vraie atteinte à la liberté d'association. Trois mois après mon incarcération un Mandat d'Arrêt Européen (MAE) est émis à mon encontre par Madrid pour mes activités au sein d'Askatasuna, il sera rejetté par la cours d'appel de Paris. Mon arrestation et incarcération avaient pour objectif unique de s'attaquer à Askatasuna et enclencher une dynamique répressive importante contre ce mouvement, une forme d'illégalisation dans la pratique. Cette opération a été montée de toutes pièces par la juge et les policiers antiterroristes avec la collaboration des responsables de la PJ locale de l'époque.
Au bout d'une année d'incarcération j'ai été libéré sous contrôle judiciaire très contraignant : une liste de personnes à ne pas rencontrer, signature tous les lundis au commissariat de Bayonne, interdiction de quitter l'Etat français, interdiction de quitter le département 64 sans même avoir le droit d'aller à Pau, papiers d'identité enlevés... Ce contrôle a duré 9 ans, jusqu'en janvier 2014 , date à partir de laquelle il sera allégé et mes documents d'identité rendus. A ce jour le dossier n'est pas fermé, il est officiellement en cours d'instruction bien que dans la pratique cela fait des années que l'instruction est close."