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Défense des Droits de l'Homme au Pays Basque

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Décembre 2014/01 - EDITORIAL

 

Le droit à l’espoir

 

            Un esprit un peu retors pourrait s’amuser à faire un parallèle a priori osé entre l’Union Européenne et la créature du docteur Frankenstein. L’un comme l’autre sont nés d’une volonté humaine. L’un comme l’autre sont un assemblage plus ou moins approximatif et plus ou moins réussi de parties plus ou moins compatibles. L’un comme l’autre se tiennent debout mais boitent un peu.

 

            Cependant, il existe une grande différence entre les deux. Car si le cœur qui bat dans la poitrine du « monstre » de Frankenstein est humain, celui de l’Union Européenne est politique et financier et ne bat qu’en fonction des intérêts de ses composants principaux, sous le regard attentif du grand allié d’outre atlantique.

 

            Pourtant l’un comme l’autre ont des rêves. La créature veut être aimée, l’U.E. veut être considérée comme la gardienne des valeurs démocratiques de l’Occident. Un équilibre bien précaire entre intérêts et valeurs humaines et des efforts méritoires pour garder une façade respectable.

D’où parfois des incohérences troublantes.

 

            Ainsi s’explique que l’U.E. dénonce vigoureusement les années passées en prison par Mandela et ignore superbement que Georges Ibrahim Abdallah entre dans sa 31° année de détention en France pour des motifs similaires.

            Ainsi s’explique que l’U.E. s’insurge vertueusement contre un supposé interventionnisme russe en Ukraine et, aux côtés des USA, bombarde allègrement des pays déjà à genoux. Ou le fait de plaindre avec émotion les Ukrainiens tout en détournant pudiquement le regard de la Palestine martyrisée.

            Ainsi s’expliquent aussi certaines velléités de l’UE qui sermonne parfois ses membres, coupables d’atteintes un peu trop voyantes aux droits humains, atteintes pouvant ternir sa façade respectable, et promulgue des décisions même si leur application n’est pas toujours effective.

Comme cet arrêt voté en 2008 exigeant que les personnes emprisonnées dans un état de la communauté soient transférées dans leur état d’origine. Ce « afin de maintenir les liens familiaux des condamnés, la pratique de leur langue et de leur culture dans le but clairement défini de favoriser leur future réinsertion dans la société ». Peu importe que l’Espagne ait attendu six ans pour adopter un amendement de sa loi pénitentiaire afin d’obtempérer aux ordres de la justice européenne. Peu importe que les intéressés soient ou non d’accord. Peu importe que Mariano Rajoy clame qu’il déportera ces prisonniers loin du Pays Basque, même si l’UE lui demande le contraire. Si Strasbourg se fâche et sanctionne Madrid, l’Espagne écopera d’une amende, et les contribuables la paieront. Ce ne sera pas la première fois. La France ne fait pas de déclarations mais diplomatiquement botte en touche : Ibon Fernandez Iradi, Susper, devra attendre six mois de plus pour savoir s’il pourra être libéré. Or six mois, quand on est atteint d’une sclérose en plaques, c’est une éternité.

 

            Pour Strasbourg, pas facile de louvoyer entre la nécessité de garder sa respectabilité et la non-intervention dans les affaires des états membres. D’où, sans doute, sa neutralité apparente dans les manifestations pour l’indépendance qui ont dernièrement marqué l’Ecosse et tout récemment la Catalogne. A quelques mois d’intervalle, des millions d’Ecossais et de Catalans ont osé dire publiquement qu’ils veulent une nation libre et indépendante et revendiqué l’un des droits humains essentiels : celui de disposer un jour de leur destin.

 

            Ils ont par là même revendiqué un autre droit humain aussi fondamental qu’inaliénable: le droit à l’espoir.

 

Annie Arroyo

 

 

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